Réduire l’écart de détention d’assurance-vie entre hommes et femmes
Bon an mal an, un écart persiste en matière d’assurance-vie. Au pays, alors que 69 % des hommes en détenaient une, ce chiffre chute à 58 % pour les femmes1. Voici quelques pistes de réflexion pour arriver à combler ce fossé.
Afin de conquérir une plus grande part de clientèle féminine, l’industrie de l’assurance-vie devra dépoussiérer et adapter son offre, estiment plusieurs professionnels. « Il y a encore beaucoup de travail à faire, même au niveau du marketing. On a tort de croire que l’on peut intéresser les femmes à l’assurance-vie uniquement en montrant une mère avec son enfant dans les campagnes de publicité! », fait valoir Valérie Le Roux, vice-présidente Produits et Partenariat chez Humania Assurances. Une partie de la solution pourrait donc résider dans le développement de produits plus soucieux et représentatifs de leur réalité.
Des produits à repenser
Jimmy Lacoursière, fiscaliste chez Desjardins Assurances, abonde dans le même sens. « Il faudrait innover et proposer des solutions mieux adaptées. Des primes modulables par exemple, dont le montant serait flexible afin de pouvoir intégrer certains événements de vie, comme un congé de maternité », illustre-t-il.
Il insiste également sur le rôle crucial de l’éducation financière. « Les conseillers devraient travailler sur l’accompagnement des clientes et bien expliquer les différents besoins susceptibles d’être couverts par l’assurance-vie, que ce soit sur le plan successoral, pour permettre la continuité des affaires d’une entreprise, ou encore comme investissement », précise-t-il.
Le montant des primes d’assurance-vie nettement moins élevé pour les femmes que les hommes peut aussi peser dans l’équation. Ainsi, elles payeraient de 15 à 35 % de moins en raison de leur espérance de vie accrue et d’un niveau de risque plus faible. Un argument de poids qui peut contribuer à les convaincre!
Pas assez de femmes dans l’industrie
Jimmy Lacoursière constate cependant qu’en pratique, la moins grande présence de femmes chez les conseillers peut nuire, dans la mesure où un homme sera peut-être moins sensible ou conscient des défis propres à une clientèle féminine.
En 2025, la Chambre de l’assurance, comptait d’ailleurs 5 416 professionnelles en assurance de personnes, comparativement à 9 968, pour leurs collègues masculins, soit près du double.
Du côté de UV Assurance, où les femmes constituent 78 % du personnel et occupent 61 % des postes de gestion, ce n’est peut-être pas un hasard si les clientes mutualistes dépassent largement en nombre les mutualistes masculins. Le fait que cette compagnie se spécialise dans les produits d’assurance-vie à émission simplifiée n’y est sans doute pas étranger non plus, estime Guillaume Fauteux, vice-président exécutif, Développement des affaires et marketing, Assurance individuelle, collective et investissement. « Nous travaillons à la fois sur l’abordabilité et la simplicité, et force est de constater que les femmes achètent nos produits. Le processus est également moins invasif, sans examen médical », précise-t-il.
À l’instar de Jimmy Lacoursière, il milite en faveur d’une réflexion pour offrir des protections ciblant plus spécifiquement les femmes. « À terme, nous visons le développement de produits modulables et tenant compte des parcours de vie, comme les congés parentaux et de maternité, ou même la proche aidance », mentionne-t-il.
Changement de paradigme
Pour sa part, l’économiste, conférencier et consultant Francis Gosselin, note que l’industrie aurait tout intérêt à s’ajuster pour ne pas manquer le bateau, et ce d’autant qu’on assiste actuellement à un important mouvement de rattrapage patrimonial. « On observe une forte hausse de la valeur nette des femmes. Elles sont de plus en plus nombreuses à la tête des entreprises, et du fait de leur espérance de vie prolongée par rapport aux hommes, des actifs importants aboutissent entre leurs mains », note-t-il. Selon un rapport de Mackenzie2, d’ici 2028, elles devraient contrôler 45 % de la richesse financière canadienne comparativement à 37 % 10 ans plus tôt, soit l’équivalent de 4 000 milliards de dollars canadiens. Un changement de paradigme qui pourrait bien avoir une incidence notable sur la détention d’assurance-vie…
Références
1 Sondagede l’Insurance Barometer Study 2023 de LIMRA et Life Happens.
2 Les femmes et le patrimoine, Mackenzie Patrimoine privé, juin 2022.