Des écarts persistants dans la détention d’assurance-vie

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Les études sur la question sont claires : il existe un écart non négligeable dans la détention d’assurance-vie entre les hommes et les femmes. Pourquoi ces dernières semblent-elles bouder ces produits? La réponse est nuancée.

Année après année, la tendance se maintient : plusieurs points de pourcentage séparent les hommes des femmes en matière de détention d’une assurance-vie. Ainsi, selon les dernières données disponibles au pays, en 2023, 58 % des Canadiennes en possédaient une comparativement à 69 % des Canadiens1.

Le fossé est moins marqué aux États-Unis, mais demeure malgré tout, avec 48 % de femmes contre 54 % des hommes en 2025. Comment expliquer que la clientèle féminine ait moins d’appétit pour ces produits d’assurance et soit ainsi moins bien protégée ?

 

Une vision traditionnelle

De tels écarts ne semblent pas étonner Valérie Le Roux, vice-présidente Produits et Partenariat chez Humania Assurances. « Selon moi, ce n'est pas tant la conception des produits qui freine l'adoption de l'assurance-vie par les femmes, mais plutôt les inégalités structurelles de notre société : les écarts de revenus, les interruptions de carrière et la charge familiale non rémunérée qui en découlent. Le vrai frein se situe en amont — dans l'éducation financière et la façon dont les femmes sont - ou ne sont pas - sensibilisées à la protection de leur valeur économique, incluant leur rôle non rémunéré », estime-t-elle. Selon elle, l’industrie a un rôle concret à jouer.

En intégrant la reconnaissance de cette valeur économique au cœur de la promotion de nos produits, nous pouvons contribuer à changer les perceptions et, ultimement, aider à combler cet écart »

Valérie Le Roux, vice-présidente Produits et Partenariat chez Humania Assurances

Autre angle mort : dans un couple, le conjoint gagnant le meilleur salaire - bien souvent l’homme - est considéré comme le soutien de famille et par conséquent celui qui devrait être couvert par de l’assurance-vie. Là encore, la femme est souvent exclue de l’équation.

L’économiste, conférencier et consultant Francis Gosselin pointe aussi du doigt une inégalité persistante en ce qui a trait aux revenus, alimentée en partie par les interruptions de carrière vécues par les femmes, qu’il s’agisse de donner naissance ou de prendre soin d’un enfant, ou de soutenir un proche ou un parent âgé. « Lorsque les ressources financières sont limitées, on doit faire des choix et on aura tendance à couper dans des dépenses jugées (à tort ou à raison) moins essentielles, comme les assurances », dit-il. Les emplois précaires et à temps partiel, plus fréquents chez les femmes, font également en sorte de les priver de meilleures couvertures collectives, celles qui offriraient notamment de l’assurance-vie.

Par ailleurs, la répartition des tâches encore relativement traditionnelle au sein des couples, même ceux constitués de deux professionnels, pèse aussi dans la balance. « Bien souvent, les femmes se chargent de la gestion du quotidien alors que les hommes voient à celle du patrimoine. Puisque l’assurance-vie entre dans cette deuxième catégorie, les femmes s’y intéressent peut-être un peu moins », souligne-t-il.

 

Manque de confiance

On pourrait croire que les jeunes générations feraient bouger les choses, mais cela ne semble pourtant pas être le cas. Ainsi, un récent sondage d’ÉducÉpargne2 révèle que parmi les 18-34 ans, les jeunes femmes s’avèrent plus pessimistes et moins confiantes que les hommes par rapport à leurs finances personnelles.

En outre, même si leur littératie financière s’est constamment améliorée au cours des dernières années, elles persistent à sous-estimer leurs capacités dans ce domaine3. Or, les produits d’assurances sont souvent complexes et peuvent s’avérer difficiles à comprendre, ce qui peut en décourager plusieurs.

À ce manque de confiance en leurs moyens et en leurs connaissances, s’ajoute la différence de revenus persistante entre hommes et femmes et le fait que celles-ci dépensent davantage pour leur famille, ce qui leur laisse donc moins de ressources financières disponibles pour souscrire à des assurances. Un cocktail multifactoriel qui explique en partie l’écart de détention en assurance-vie.

Jimmy Lacoursière, fiscaliste chez Desjardins Assurances, note pour sa part que le déséquilibre hommes/femmes dans l’actionnariat des entreprises joue aussi un rôle. « Certains produits d’assurance-vie sont fortement reliés à la protection des entrepreneurs. Or, on retrouve moins de femmes à la tête d’entreprises, ce qui aura nécessairement un impact », remarque-t-il.

 

De bas taux de couverture dans la population LGBTQ+

Les personnes s’identifiant comme LGBTQ+ affichent un taux de détention de produits d’assurance-vie moindre (40 %) que la population en général (51 %), et ce bien que 68 % soient conscientes de leurs besoins en la matière. De plus, lorsqu’une couverture a été souscrite, elle est souvent considérée comme insuffisante.

Même si ces statistiques sont tirées d’une enquête américaine4, elles sont représentatives de la situation dans l’ensemble de l’Amérique du Nord.

Pourquoi une telle différence? Selon la même étude, les personnes s’identifiant LGBTQ+ seraient davantage susceptibles de se montrer méfiantes par rapport aux compagnies d’assurance et à leurs représentants. D’ailleurs, un répondant sur cinq mentionne que le fait que le professionnel de l’assurance partage son orientation sexuelle ou soit un allié reconnu constitue l’une des caractéristiques les plus importantes quand vient le temps de souscrire à une police. Rappelons qu’au Canada, approximativement 4 % de la population de 15 ans et plus s’identifie comme LGBTQ+, soit environ un million de personnes.

Références

1Sondage de l’Insurance Barometer Study 2023 de LIMRA et Life Happens.

2Sondage sur les préoccupations financières des jeunes de 18-34 ans, mars 2026, ÉducÉpargne.

3Des clics qui donnent confiance : L’utilisation d’interventions rapides en ligne pour accroître la confiance et les comportements financiers positifs des jeunes femmes, 2025, Agence de la consommation en matière financière du Canada.

42024 Life Insurance, LIMRA.