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Détenez-vous les qualités des grands leaders du Québec ?

04 décembre 2019

Jean-François Venne

Pendant quatre ans, le journaliste économique Gérald Fillion a interrogé des entrepreneurs et décideurs du Québec dans le cadre de la série Vocation : leader, présentée à Radio-Canada. Il en a tiré un ouvrage, publié récemment chez Édito. À sa lecture, on comprend que plusieurs qualités des leaders se retrouvent chez les professionnels du conseil financier, comme la vision, la stratégie, la persuasion, la communication et l’éthique.

Q : Pourquoi avoir choisi le thème du leadership ?

Gérald Fillion : Pour inspirer. Il n’y a pas deux histoires de leadership identiques, il n’y a pas de recette. Mais à travers les témoignages, on peut trouver des éléments de motivation. Ces personnes ont connu des réussites, mais aussi des embûches. Elles ont fait des erreurs, mais ont su s’en relever. Ce qui m’intéressait, c’était le côté personnel de ces parcours. Comme journaliste économique, je suis habitué à parler de chiffres, de PIB, d’actions qui montent ou descendent. Là, il est question de la vie avec ses bonheurs et ses malheurs.

Nous avons choisi des bâtisseurs. Ils ont créé de la richesse. Ce sont aussi de bons communicateurs, qui ont accepté de se confier. Ils proviennent de milieux très variés. Louis-Philippe Maurice[1], par exemple, est un jeune qui a développé sa propre application numérique, alors que Phyllis Lambert[2] demeure une leader très écoutée même à plus de 90 ans.

Q : Ces leaders ont-ils des qualités en commun ?

G. F. : Ce qui ressort beaucoup, c’est leur passion. Ils se lèvent le matin et ont hâte d’aller travailler. Ils sont très engagés dans leurs projets et ont une forte envie de construire. Je note aussi qu’il y a beaucoup de créativité dans le fait d’entreprendre ou de diriger une équipe. C’est vraiment ce qui les anime au quotidien, cette volonté de bâtir. Charles Sirois[3] raconte d’ailleurs avoir vécu une période difficile lors de l’éclatement de la bulle technologique au tournant des années 2000. Soudainement, il devait gérer de la décroissance[4], il devait déconstruire.

Leur refus d’abandonner représente un autre trait commun. Même dans les moments difficiles, ils veulent continuer, trouver des solutions, quitte à prendre un pas de recul. C’est aussi dans ces situations où se révèle une autre qualité d’un bon leader : être rassembleur. Ces individus savent écouter et faire preuve d’empathie, mais ils peuvent aussi se montrer très convaincants. Ils réunissent les gens autour d’une vision commune et savent aussi faire accepter leurs décisions plus difficiles.

Q. : La notion de responsabilité est discutée dans le livre. C’est une valeur importante pour les professionnels du conseil financier, qui gèrent les finances personnelles des gens.

G. F. : Ça revient chez plusieurs d’entre eux, de manière différente. Ils se sentent responsables de leurs employés et parfois de manière très émotive. Chantal Lévesque[5], par exemple, qui en a 125, considère qu’elle a 125 hypothèques à payer. Nous avons par ailleurs choisi des gens qui ont respecté les règles et ont fait preuve d’éthique. Ils ont créé de la richesse, mais l’ont aussi beaucoup redistribuée. Quelqu’un comme Marc Dutil, par exemple, a une profonde réflexion sur sa place et son rôle dans la société. Il soutient qu’il est là grâce aux autres et qu’il doit agir pour les autres. Ça aussi, c’est une forme de leadership.

Q : Le leadership, ça s’apprend ou est-ce inné ?

G. F. : C’est une question fondamentale, pour laquelle il n’y a pas de réponse unanime. Certains, comme Placide Poulin[6] et Charles Sirois soutiennent que tu nais avec ça. Tu l’as ou tu ne l’as pas. Marc Dutil[7], au contraire, croit que ça s’apprend. Évidemment, il y a une différence entre être leader en tant qu’entrepreneur ou comme gestionnaire. L’entrepreneuriat exige une très forte tolérance au risque. Je ne suis pas sûr qu’on puisse apprendre cela. Comme le charisme d’ailleurs. Est-ce qu’on peut apprendre à devenir charismatique ? Pas sûr. Il y a donc peut-être certains attributs qui sont innés, mais il y a des qualités que l’on peut développer, notamment sa manière d’entrer en relation avec les autres, d’écouter et de communiquer ses idées.

Il n’existe pas qu’une seule sorte de leader et on le voit bien dans le livre. On ne peut pas non plus s’auto-proclamer leader. C’est pourquoi je me méfie des intitulés de poste dans les entreprises qui utilisent ce terme. Ce sont les autres qui te reconnaissent comme un leader.

 

 

[1] Le PDG et cofondateur de Busbud, une plateforme de réservation en ligne de billets d’autobus, et de la firme-conseil Credo.

[2] Architecte, fondatrice d’Héritage Montréal et du Centre Canadien d’Architecture. Elle a aussi fondé le Fonds d’investissement de Montréal, consacré à la revitalisation de l’habitat destiné aux ménages à faibles revenus.

[3] Fondateur de Telesystem dans les années 1970 et de l’entreprise de téléphonie cellulaire Fido, entre autres. Plus récemment cofondateur de Pangea, qui propose un nouveau modèle d’entrepreneuriat agricole.

[4] Entre 2001 et 2003, ses quatre principales entreprises ont frôlé la faillite.

[5] PDG et fondatrice de Shan, entreprise de création et fabrication de vêtements.

[6] Fondateur de l’entreprise de fabrication de produits de salle de bain Maax en 1969, revendue pour 640 millions de dollars en 2004. Il dirige aujourd’hui Groupe Camada, une société de capitaux privés en immobilier.

[7] PDG de Canam et fondateur de l’École d’entrepreneurship de Beauce.

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